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Petit déjeuner avec la France

Quelques pistes pour un partenariat fécond entre le Canada et la France

On ne pouvait pas se rendre au petit-déjeuner avec la France, hier matin à 8 heures, sans penser à la robe en Tour Eiffel protée la veille par Julie Snyder qui soulignait de façon pour le moins originale la belle victoire française, Grand Prix Global Television pour " La Terre des âmes errantes ".

La Tour Eiffel de Julie Snyder n'était donc pas au Salon Cascade, hier matin, ce qui n'a pas empêché cette grande salle d'être remplie à capacité. La rencontre était en effet importante. Dans le cadre du Focus France, TV France International et l'Ambassade de France au Canada avaient sponsorisé ce rendez-vous matinal pour présenter l'importante délégation française qui se trouve à Banff. Un exercice qui a été rondement mené par Jacques Bensimon en un quarante-cinq minutes des plus serrés. Mais à la fin, on pouvait dire mission accomplie.

Petit dejeuner avec la FranceC'est Mathieu Béjot, délégué général de TV France International, qui a ouvert le bal en soulignant la forte participation française et la diversité des programmes proposés, tout en rappelant les liens étroits et privilégiés qui ont toujours existé dans le monde de la télévision entre la France et le Canada.

Jacques Bensimon, vice-président exécutif de la Fondation de télévision de Banff, a alors pris la relève pour faire le tour de la question des relations entre la France et le Canada en allant interroger les joueurs français présents dans la salle. Avec le concours de Serge Siritzky, président et directeur du magazine Écran Total, on a fait un utile survol de la télévision française et de ses principaux joueurs.

Première question : Si tu veux coproduire avec la France, que faut-il faire?, demande Jacques Bensimon. La réponse de Serge Siritzky est simple : il faut travailler avec des producteurs connus puisque les chaînes travaillent prioritairement avec eux. D'autre part, c'est aux chaînes hertziennes qu'il faut s'adresser, c'est-à-dire à des chaînes généralistes comme France 2, ou spécialisées comme ARTE et La Cinquième.

Jacques Bensimon a alors profité de l'occasion pour (re)présenter Alain Wieder d'ARTE, qui avait reçu la veille le Grand Prix pour " La terre des âmes errantes ", une production ARTE/INA. Alain Wieder a indiqué que sa chaîne coproduisait 30% de sa production avec des producteurs indépendants français. Mais elle fait aussi beaucoup de coproductions, et des fois directement avec les Canadiens. Le mieux reste cependant de créer des liens avec les producteurs français. On sait que ARTE sera un partenaire actif de ARTV.

Ann Julienne, chef des acquisitions et des coproductions internationales de La Cinquième, a rappelé que sa chaîne avait une programmation exclusivement éducative. Elle préfère travailler avec un producteur français, mais elle est aussi prête -et elle l'a déjà fait-à travailler directement avec des producteurs canadiens. Il faut ajouter que La Cinquième est partenaire à l'occasion de Télé-Québec et de TFO.

Michèle Cotta, directrice générale de France 2, a rappelé les collaborations récentes entre sa chaîne et le Canada. Elle est en effet à la recherche de bonnes idées, et le Canada semble en avoir pas mal. Le succès remporté par l'adaptation française de Un gars, une fille en est un bon exemple. " C'est devenu une vraie série culte en France, et un rendez-vous pour les jeunes de moins de 35 ans ", a-t-elle précisé. Ce qui est particulièrement rassurant au moment où se fait sentir les griffes de la Real TV avec la venue sur les écrans français de Loft Story qui a demandé un repositionnement de toutes les chaînes généralistes françaises. À France 2, on a décidé de contrer la menace de la Real TV avec davantage de fiction.

Question : Qu'apportent donc les producteurs français? Une bonne partie du financement, répondra tout naturellement Serge Siritzky. Comme le précisera Chrisitan Davin d'Alphanim, il n'y aurait pas eu d'animation en France sans le Canada et, tout probablement, qu'il n'y aurait pas eu beaucoup polus d'animation au Canada sans la France. " Les USA sont pour nous un marché bonus; notre véritable marché est le Canada ", indiquera l'ancien partenaire de Cinar. " Comme l'animation est la moins subventionnée par les chaînes, nous avons besoin du marché international et de partenaires financiers solides. En France, nous avons un avantage : le financement est régulier et continu. "

Jacques Bensimon présente Yves Jeanneau, chef des documentaires chez Pathé Télévision, qui a rappelé l'importance de construire des liens solides entre les partenaires internationaux. Il a donné comme exemple les liens qui unissent depuis 10 ans Pathé Télévision et Galafilm qui ont permis de solides coproductions. Il a aussi souligné l'importance d'avoir du contenu international, et non pas seulement français ou canadien.

Ce qui nous a tout naturellement amené à la troisième question : Les quotas canadiens posent-ils problèmes dans les coproductions avec le Canada?

Serge Siritzky a rappelé qu'il n'existait pas pour la télévision française de système de quota équivalent. Jacques Bensimon a donné la parole à Monique Barbaroux, directrice générale adjointe au Centre national de la cinématographie (CNC) qui gère les traités de coproduction et entretient, de ce fait, des relations continues avec le Canada et Téléfilm Canada. " Nous sommes très ouvert aux coproductions ", a-t-elle souligné en indiquant que les résultats de coproduction s'étaient stabilisés entre la France et le Canada. " Nous avons de plus en plus de fictions majoritaires canadiennes. " Tout irait donc pour le mieux sans les réglements de contenu canadien du Fonds canadien de télévision. " Cette réglementation sur l'obligation de canadianité ou de canadiénitude, je ne sais trop, nous inquiète, surtout en ce qui concerne le documentaire. "

Rapidement, voici quelques partenaires français présentés par Jacques Bensimon au fil des discussions.

Stéphane Millière de Gedeon Programmes qui est spécialisé dans les documentaires et dont les principaux partenaires canadiens sont Cineflix, Parallax, Pixcom et, plus récemment, l'ONF.

Fabienne Servan-Schreiber de Cinétévé a déjà coproduit des mini-séries avec le Québec comme Jalna en 94. Elle coproduit une série sur l'Égypte avec Pixcom. Sa compagnie est aussi impliquée dans la production cinématographique.

Du côté des distributeurs, Jacques Bensimon nous a présenté Frank Soloveicik, de M5 qui a vendu la série québécoise Omertà à la télévision française. Il est le représentant de TVA International en France. Il reste ouvert aux partenariats.

Olivier Brémond de Marathon, produit et distribue. Il a vendu la série St-Tropez à Séries + au Québec. " Il faut établir de bonnes relations entre les partenaires ", notera-t-il.

Anne Escure de CAPA Presse TV cherche des coproducteurs intéressés dans les documentaires scientifiques. Le thème recherché : la génétique.

Micherl Noll d'ICTV-Solferino produit et distribue des documentaires de société. Il a vendu une séries sur les assassinats politiques à Historia (Québec) et son pendant canadien History Channel.

Y-a-t-il une survie pour le documentaire d'auteur? À demander en conclusion Jacques Bensimon. Oui, ont répondu des deux côtés de l'Atlantique (mais assis hier à la même table) Arnaud Hantute de Compagnie des Taxi-Brousse (Paris) et Nathalie Barton d'InformAction (Montréal). Ils vont coproduire leur 3e film. Mais ils reconnaissent aussi l'extrême difficulté à établir une politique de coproduction viable.